1 juillet 2012

Penser l'incertain: XIXe Congrès International des Sociologues de Langue Française

 Penser l'incertain: XIXe Congrès International des Sociologues de Langue Français. Rabat, 2-6 juillet 2012, Ecole Mohammedia d'Ingénieurs


En quelques décennies, se sont multipliés les débats sur les défis climatiques, environnementaux, économiques, sur la santé, sur la qualité alimentaire dans le Nord, sur la faim dans certains pays du Sud. Le monde actuel est traversé de part en part par une crise de nos certitudes de maîtrise de la nature et de la société, crise paradoxale puisqu’elle s’enracine dans nos immenses pouvoirs de transformation, ceux-là mêmes qui entretenaient nos espoirs de progrès et dont les conséquences imprévues nourrissent aujourd’hui nos appréhensions. Si les incertitudes d’origine naturelle ont longtemps marqué la conduite des activités humaines, d’autres, liées aux activités de l’homme, ont désormais pris l’ascendant. Elles alimentent nombre de controverses autour des choix politiques ou des changements techniques et scientifiques, livrant au passage une grande variété des points de vue en présence.

Notre époque n’est pas subitement confrontée aux risques. Ceux-ci sont des données inhérentes au monde social. Ils ont progressivement pris une autre dimension. Ainsi les États-nations se sont-ils dotés de moyens pour évaluer les risques apportés par la modernité industrielle, les mesurer en vue de limiter leur action, voire pour dédommager les victimes de leurs effets néfastes. Les risques se sont ainsi inscrits dans toute une technologie politique destinée à les encadrer et à en contrôler les effets. L’évolution actuellement en cours verrait un accroissement de la demande sociale pour mieux maîtriser l’incertain, alors même que des situations que l’on pensait calculables semblent devenir plus imprévisibles, moins saisissables.

S’il est probable que la mondialisation de l’économie, l’émergence d’entités politiques supra-nationales aient accentué les interdépendances et réduit les risques de conflits mondiaux, il semble également qu’elles aient augmenté la complexité de nos relations, révélant du même coup l’insuffisance de nos régulations et ébranlé notre perception du maîtrisable. Dans un nouvel environnement international caractérisé par le développement de flux financiers à l’échelle planétaire, de quête de mobilité et de flexibilité, on assiste désormais à une mise en mouvement généralisée des individus et à un foisonnement des discours et des dispositifs visant à mobiliser davantage leurs compétences. Cette tendance contribue à placer les individus dans un état d’incertitude et de responsabilité face à des injonctions à se « prendre en charge », « s’activer », « s’impliquer » toujours davantage. L’activité prédictive et anticipatrice cède souvent la place à la prise en compte de l’aléa, l’imprévisibilité devenant même un moteur de notre vie sociale. Dans ce contexte, la cohésion et les liens sociaux de proximité se trouvent sensiblement questionnés, les individus de plus en plus mis à l’épreuve. Nous serions désormais entrés dans un mouvement sans fin du risque invitant l’individu moderne à se penser et à vivre en tant qu’entrepreneur de ses conduites.

Pour la sociologie, le défi est bien de penser cet incertain auquel elle a longtemps accordé peu de place, avant que des approches plus récentes ne le placent au cœur de leurs préoccupations. Le XIXe congrès de l’AISLF entend aborder cette réflexion de front en lui accordant une place centrale. En effet, derrière les nombreuses déclinaisons du risque et de la « société du risque », il faut pouvoir relever combien les sociétés sont de plus en plus gagnées par l’incertain, non parce qu’elles sont en soi moins « sûres » que par le passé, mais parce que les régulations collectives destinées à maîtriser le cours d’une vie semblent aujourd’hui prises en défaut, à tout le moins en profonde reconfiguration. Peut-être aussi parce que la confiance dans les grandes entreprises de rationalisation du monde (science, droit, systèmes politiques) s’est érodée.

Lorsque l’incertain apparaît comme un trait marquant de l’existence, notre capacité collective de protection se voit interpellée, voire prise à défaut. Ainsi une société du risque est-elle avant tout une société d’individus caractérisée par un potentiel différentiel de protection : la capacité de « se mettre à l’abri » devient alors une préoccupation commune, distribuée de manière inégale, tant les individus se protègent et s’exposent différemment. Les inégalités sociales, qu’elles soient entre les sociétés du Sud et celles du Nord, ou au sein d’une même société, se réduisent moins facilement qu’auparavant à des différences de ressources et de statut, elles intègrent désormais la maîtrise des risques.

Il y a, autour de la réflexion sur l’incertain, un questionnement transversal que les cinquante comités de recherche et groupes de travail de l’AISLF pourront rencontrer à travers l’ensemble des thématiques sociologiques dont ils sont porteurs. Quant à nos plénières du matin, trois thèmes orienteront plus particulièrement la réflexion : la mise à l’épreuve, le rapport à l’action et les défis posés aux individus dans un monde incertain.


1. À l’épreuve de l’incertain

L’individu contemporain devient de plus en plus difficilement identifiable en tant qu’individu isolé ou encore en tant qu’individu caractérisé par une appartenance à un statut ou à un collectif. Il serait également saisi à partir du mouvement, du déplacement et émergerait à la lueur de la multiplicité et de la diversité de trajectoires qu’il accomplirait désormais : les trajectoires familiales, professionnelles, relationnelles, conjugales, migratoires qui n’en finiraient pas de s’entrelacer. L’entrecroisement de ces trajectoires laisse transparaître combien la vie tend à être perçue comme une succession d’épreuves à travers lesquelles les individus passent et se construisent tout au long de leur existence. Toute cette dynamique de parcours et de trajectoires a, au cours de ces dernières années, pris un accent particulier auprès des personnes les plus fragilisées par la montée des insécurités d’existence, personnes à qui il s’agit d’assurer une continuité des droits au travers de trajectoires irrégulières, de plus en plus incertaines, frappées par la discontinuité et les aléas de l’inactivité, du chômage, des écarts de développement entre pays du nord et pays du sud. Fondamentalement, l’indétermination du monde confère à la notion d’épreuve un rôle primordial tant les personnes doivent y faire preuve des compétences pour agir, désigner, qualifier ou justifier. La réversibilité du résultat des épreuves, le fait que celles-ci puissent se rejouer, constitue un enjeu important de nos mondes sociaux. Si les épreuves à l’issue incertaine sont vécues de manière singulière, elles n’en sont pas moins socialisées, dessinant de véritables parcours à l’échelle d’une société, parcours au cours desquels s’opère une nouvelle forme de différenciation sociale.


2. Agir face à l’incertain

Un questionnement au cœur de l’incertain appelle une profonde réflexion sur les modalités de l’action. Sans s’aligner sur un catastrophisme ambiant, on peut postuler que le social se redéploie sous de nouvelles formes et interpelle le regard du sociologue. Des collectifs, des associations mais aussi des experts se mobilisent pour réclamer d’autres modèles de développement, dénoncer certaines dérives techniques et économiques. Des comités de citoyens, des conseils locaux contribuent à densifier la société civile, se saisissent de questions les concernant au premier chef. Ils apparaissent davantage comme de nouvelles opportunités politiques pour vivifier les espaces de délibération et mettre en débat la conduite du développement de notre société. À des degrés différenciés, dans la plupart des pays occidentaux, tout aussi bien que dans les sociétés non occidentales, les réponses publiques à la problématique des risques sociaux n’ont nullement déserté la scène, mais elles se sont transformées. La compétence régulatrice des États s’est pour partie déplacée sur les individus eux-mêmes, aidés et accompagnés par les dispositifs publics appelant à la responsabilité de tout un chacun. On peut déceler des traces de ce passage dans l’attention progressive accordée à l’« action publique », au détriment de celle naguère accordée à l’État. Dans ce contexte, les politiques publiques se recomposent, cherchent à puiser dans leurs dynamiques locales, deviennent davantage incitatives. Les rapports de pouvoir apparaissent plus instables et diffus, n’émanant plus d’un foyer central d’émission. Face à la complexité sociale et à la diversité culturelle qu’il entend rencontrer, l’exercice du pouvoir semble largement reposer sur la volonté de mettre en série, d’aligner, d’agencer, de relier les pratiques et les initiatives politiques.


3. Les défis de l’incertain

À l’échelle planétaire, les questions relatives aux changements climatiques, à la biodiversité, à l’énergie, au risque nucléaire, au respect de l’environnement, font désormais figures de défis majeurs sur tous les continents. Les catastrophes naturelles et les accidents écologiques significatifs ont participé au mouvement. Ils ont permis d’illustrer combien la définition de la vie elle-même est devenue une préoccupation centrale. Préoccupation qu’a timidement rencontrée la sociologie, notamment dans le domaine du vivant, en accordant progressivement attention à des thèmes aussi variés que la santé, la sexualité, les rapports au corps, l’alimentation, les manipulations génétiques, l’euthanasie, l’IVG, la fécondation in vitro. Autant de thèmes lui permettant d’analyser la vie là où elle se met en jeu, là où elle semble aussi se dérober. L’indétermination qui s’y joue trouve un corollaire dans la notion de réversibilité, la maîtrise de celle-ci devenant un enjeu central des rapports sociaux. Dans différents domaines (travail, éducation, famille, études, santé, environnement, risques industriels), la question de la réversibilité interpelle notre capacité à réexaminer les choix posés ou les situations pour parvenir à infléchir le cours des événements. Mais dans quelle mesure nos sociétés ont-elles une prise réelle sur les grands défis environnementaux et planétaires qui nous préoccupent ? Dans quelle mesure la tentative de maîtriser des réversibilités locales peut-elle finalement déboucher sur de nouvelles irréversibilités plus larges, tant à force de vouloir maîtriser l’incertain, on finit également par en créer ?


27 mai 2012

Le CM2S dans la Presse


Un article traitant du séminaire animé par Monika Bobako le 3 mai 2012 au CM2S vient de paraître sur le portail électronique www.annisae.ma.

مونيكا بوباكو: الفلسفة النسوية الغربية من منظور نقدي
سمية شكروني
في إطار الأنشطة التي يقدمها المركز المغربي للعلوم الاجتماعية، تم عقد لقاء بجامعة الحسن الثاني ، بكلية الآداب والعلوم الإنسانية بعين الشق مع الباحثة البولونية مونيكا بوباكو التي قدمت عرضا بعنوان « Feminism, religions, and Islamophobia ». وقد تمحور هذا اللقاء، الذي حضره مجموعة من الباحثين المهتمين بالفكر النسوي المعاصر، حول النقاش القائم بخصوص العلاقة الموجودة بين الفكر العلماني والدين الذي أصبح يطرح جدلا كبيرا في الغرب، خصوصا مع بروز ما يسمى بالاسلاموفوبيا التي أسست لها مجموعة من العوامل أهمها: الصراعات التاريخية بين الأديان، الخطاب الاستعماري، تنامي هجرة المسلمين إلى أوروبا،  بالإضافة إلى الحرب ضد الإرهاب خصوصا بعد أحداث الحادي عشر من شتنبر، معتبرة أن الإعلام الغربي ساهم بشكل كبير في انتشارها

8 mai 2012

ANNONCE: Présentation d'ouvrage


Pour vous inscrire, veuillez envoyer votre nom, prénom, établissement et statut à l’adresse suivante : bibliosekkat@uh2c.ac.ma
Date : jeudi 17 mai 2012
Heure : 15h00
Lieu : Bibliothèque Universitaire Mohamed Sekkat, Km7, route d’El Jadida, (En face de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales), Tel: 06 45 09 97 30/31  bibliosekkat@uh2c.ac.ma

29 avril 2012

ANNONCE: Rencontre avec Monika Bobako


Dans le cadre d’une rencontre organisée par le CM2S, la chercheuse polonaise Monika Bobako interviendra le 03 mai 2012 à 15h à la Faculté des Lettres & des Sciences Humaines de Ain Chock (salle de conférence du CM2S) autour de ses recherches sur les relations entre le féminisme occidental et la religion.
Abstract:
The aim of the seminar will be to discuss difficult relations between Western feminism and religion and to show that these relations are taking a new form in the contemporary context of growing Islamophobia in the West. Traditionally, feminism as an offspring of the Enlightenment thought has been associated with a secular project of human emancipation that was highly critical of religiously sanctioned gender hierarchies. However, for the last few years the growing number of the mainstream Western feminists have been calling for rethinking feminism’s attitude towards religion. Their main argument is that nowadays radical secularist discourse (that claims to be a discourse of emancipation, democracy and human rights) is often used as a vehicle of anti-immigrant, Islamophobic and racist politics. Famous Western feminist like Judith Butler or Rosi Braidotti point out that this politics instrumentalizes women’s rights and sexual minorities’ rights in order to legitimize discrimination of Muslim minorities in Europe as well as military interventions in a Muslim world. As they do not accept it they are looking for new ways of understanding of women’s empowerment and agency that will include a sphere of religious experience and identity. However, their post-secular position is often contrasted with other feminist positions that remain strongly secularist and Islamophobic. During the seminar we will draw a map of different feminist positions toward religion in general and Islam in particular and will discuss various attempts at reconciling religious identities with the idea of women’s empowerment and agency (including the phenomenon of Islamic feminism).

23 avril 2012

SOUTENANCE (reportée au 5 mai!)


Nous avons le plaisir de vous annoncer la soutenance de Merieme Yafout, Chercheure associée au CM2S et doctorante à l'Université Hassan II de Casablanca. Sa thèse est intitulée: Le statut des femmes au sein des mouvements islamistes marocains : entre exégèse au féminin et participation politique. Cas des femmes appartenant à Al Adl Wal Ihssane et au MUR/PJD.
La soutenance publique aura lieu le samedi 5 mai 2012, à 9h30 à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales (Km8, Route d'El Jadida, Casablanca).
Jury: Mohamed TOZY (Président), Mohamed EL AYADI, Mohamed MOUAQIT, Abdelhay MOUDDEN, Hassan RACHIK.
Résumé:  La problématique de cette thèse part d’un constat relatif au profil actuel de certaines femmes islamistes : instruites, revendicatrices, représentées au sein des instances dirigeantes de leurs mouvements et actives au sein de l’espace public. Ce qui nous a amené à poser la question suivante : Peut-on concevoir un processus d’émancipation féminine au sein des mouvements islamistes ? Afin de répondre à cette question,  l’étude s’est intéressée aux femmes des deux grandes tendances islamistes au Maroc : le parti du PJD (Parti de la Justice et du Développement) et son aile religieuse le MUR (Mouvement de l’Unicité et de la Réforme) d’une part et d’autre part le mouvement d’Al Adl Wal Ihssane (Justice et Spiritualité). Remarquant que le champ d’investigation concernant les éventuelles stratégies « féministes » des femmes islamistes Marocaines demeure lacunaire devant le peu d’intérêt accordé à cette catégorie de femmes, nous avons estimé  avantageux d’y prêter attention. Ainsi, nous avons étudié les femmes islamistes au Maroc en tant qu’actrices, et avons tenté de comprendre ce qu’elles ont accompli ou ce qu’elles entreprennent d’accomplir, ainsi que les dynamiques internes, généralement négligées, bien qu’elles représentent des paramètres essentiels de l’analyse.

16 avril 2012

PARUTION: Le proche et le lointain de Hassan Rachik



Hassan Rachik vient de publier un ouvrage intitulé Le proche et le lointain. Un siècle d'anthropologie au Maroc et paru dans la collection "Parcours méditerranéens" des éditions Parenthèses (coédition MMSH, Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme) - ISBN 978-2-86364-158-3


Descriptif: La période postcoloniale a été marquée par des critiques de l’orientalisme et de l’anthropologie. Un genre est né. Il a pour objet la déconstruction de ces savoirs et le dévoilement de leurs présupposés idéologiques. L’observateur, le plus souvent anthropologue occidental, est observé par des auteurs appartenant aux sociétés qui ont été l’objet dominant de l’anthropologie. L’arroseur est arrosé. Dans ce travail, Hassan Rachik, s’inspirant des acquis de la sociologie de la connaissance, applique une approche compréhensive et critique aux études anthropologiques sur le Maroc, notamment celles attribuant un caractère, une âme, un esprit, un éthos, un style aux Marocains dans leur ensemble. Toutefois, la présente étude dépasse les limites d’un pays pour s’inscrire dans une histoire globale de l’anthropologie occidentale. Elle est une contribution théorique à la connaissance de l’évolution des regards anthropologiques sur la culture de l’Autre, à une réflexion sur le proche et le lointain.

Lien:  http://www.editeurs-sans-frontieres.com/parentheses.html



3 avril 2012

ANNONCE: Séminaire

Hassan Rachik interviendra le mardi 3 avril, à 18h00 (salle des séminaires) au Centre Jacques Berque avec une communication consacrée au thème "Légitimité politique et sacralité royale", une enquête historico-anthropologique sur les différents états de la sacralité royale au Maroc.

Ce séminaire sera animé par Zakaria RHANI, anthropologue, chercheur associé au CJB et à l'IURS, Université Mohammed V de Rabat.

Adresse : Centre Jacques Berque  - 35, rue Tarik Ibn Ziyad - 10010 Rabat (Maroc)